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LUTTER POUR LA VIE, TEL EST NOTRE DEVOIR

En este artículo: Guillermo Fariñas, docteur Armando Caballero, intensifs du CHU, Arnaldo Milián Castro, Santa Clara, Cuba, patient



Interview du docteur Armando Caballero, chef des services de soins intensifs du CHU Arnaldo Milián Castro, de Santa Clara (Cuba). Remarques sur l’état de santé du patient Guillermo Fariñas.

Par Deisy Francis Mexidor

Granma, samedi 3 juillet 2010

Science, humanisme, professionnalisme et les traitements les plus avancés et les plus coûteux sont utilisés pour sauver la vie du patient Guillermo Fariñas. Science, parce qu’on lui applique les dernières techniques de pointe ; humanisme et professionnalisme, parce qu’il est traité par de prestigieux spécialistes qui s’inspirent de la maxime que lutter pour la santé de l’être humain est la première priorité ; et les traitement les plus avancés et les plus coûteux parce que l’État cubain ne lésine sur rien pour lui assurer les médicaments de dernière génération nécessaires, utilisés dans les centres de soins les plus prestigieux, dont beaucoup sont achetés à l’étranger.

Fariñas a été hospitalisé le 11 mars dans l’unité de soins intensifs du CHU Arnaldo Milián Castro, de Santa Clara. Il a engagé depuis plus de cent vingt jours un jeûne volontaire qui met sa vie en danger.

Pour nous informer de son état de santé, nous nous sommes rendus sur place afin de converser avec le docteur Armando Caballero, spécialiste de 2e grade, chef des services de soins intensifs de cet hôpital dont il a été un des fondateurs.

Nous lui avons demandé tout d’abord de nous expliquer comment une personne peut être encore vivante après quatre mois de jeûne.

 

C’est la question que tout le monde se pose. De fait, une personne qui n’ingère pas d’aliments si longtemps ne peut pas survivre, mais ce n’est pas le cas de Fariñas.

Ce patient refuse volontairement de s’alimenter par voie orale depuis cent vingt-cinq jours, car il est resté chez lui deux semaines durant laquelle il affirme n’avoir pas ingéré d’aliments avant d’être hospitalisé dans nos services, où il est depuis cent dix jours. Quand nous l’avons reçu, il accusait une certaine détérioration physique, raison pour laquelle nous l’avons hospitalisé, ce qu’il a accepté. Il était conscient que nous lui appliquerions des nutriments, que nous le nourririons par voie parentérale, autrement dit par les veines.

Le patient reçoit des amino-acides qui constituent les protéines que tout organisme nécessite ; on lui fournit aussi des lipides, des vitamines et des minéraux, « tout ce qui constitue un régime alimentaire équilibré pour tout être humain. Au point que Fariñas, qui pesait 63 kg à son hospitalisation, en pèse aujourd’hui de 67 à 69. Il a donc pris du poids depuis son hospitalisation, justement grâce à la nutrition parentérale que nous lui assurons ».

À quel point la santé du patient est-elle compromise ?

La nutrition artificielle (parentérale) exige que certains nutriments à osmolarité (poids moléculaire) élevée passent par des voies centrales de l’organisme. Autrement dit, il faut faire passer des cathéters dans des veines importantes de la partie supérieure du corps, comme la sous-clavière et la jugulaire interne, ce qui implique des risques et des complications, surtout quand ces cathéters parentéraux transportent des aliments hyperosmotiques comme les acides aminés et le dextrose hypertonique.

Dans ce cas, les risques d’infections dans le sang augmentent chez les patients recevant de manière prolongée ce type de nutrition, car ils sont propices à être contaminés et infectés par des bactéries ou des champignons, et ils peuvent même contracter d’autres complications, comme celle que le patient est en train de développer.

Ces complications ont-elles à voir avec la procédure médicale ou avec les soins qu’il reçoit ?

 

Absolument pas. Ces complications sont courantes chez les patients soumis à ce genre de nutrition.

Par exemple, durant ses cent dix jours d’hospitalisation, nous avons dû changer le cathéter de Fariñas dix fois. Durant son jeune de deux cent cinquante et un jours de 2006,  il a été hospitalisé aussi dans ce service, et nous avons dû lui passer trente-sept cathéters. Je travaille en soins intensifs depuis trente-sept ans, et je connais aucun patient auquel on ait appliqué cette procédure tant de fois.

Nous avons combattu quatre infections qui ont été détectées à temps et qui ont été éliminées par les médicaments adéquats dans le cas de staphylocoques dorés qui se développent dans le sang. Dans chaque cas, le germe a été isolé aussitôt et combattu efficacement par les antibiotiques et les mesures spécifiques.

Depuis le week-end dernier, le patient a fait une nouvelle complication, qui n’est pas une simple infection et qui est un peu plus sérieuse. Il a fait une thrombophlébite au niveau des veines jugulaire-sous-clavière du cou. Ce thrombus (caillot) est très dangereux, car il risque de se détacher et d’aller droit au cœur, et de là aux poumons, et de provoquer une embolie pulmonaire et de le tuer.

Cet inconvénient apparaît d’une manière relativement fréquente dans les hôpitaux, ce qui est une des causes de mort subite, quand les caillots sont grands. Mais le thrombus peut aussi bien ne pas se détacher et être dissous par le traitement que nous appliquons d’anticoagulants et d’antibiotiques. Dans ce cas-ci, nous sommes aussi parvenus à isoler le germe qui a provoqué cette phlébite des veines centrales, qui est associée en l’occurrence à la présence d’un caillot dans la veine jugulaire et sous-clavière.

De dimanche à aujourd’hui, nous avons constaté une amélioration discrète, quoique nous ne puissions pas écarter une complication plus sérieuse. Personne ne peut savoir, ni ici ni nulle part au monde, si ce thrombus se détachera ou non.

Nous disposons pour cela de tous les médicaments nécessaires ; de plus, samedi dernier, quand nous avons détecté cette complication du patient, nous avons discuté collectivement du diagnostic et du traitement, et nous avons confirmé la pathologie par des techniques de pointe.

La médecine a-t-elle atteint ses limites dans sa lutte pour sauver la vie du patient ?

Nous atteignons les limites, surtout maintenant. Nous avons longuement discuté avec le patient, avec lequel nous avons de bonnes relations professionnelles, pour qu’il abandonne son jeûne volontaire et commence à s’alimenter afin de recevoir l’énergie dont il a besoin pour lutter contre les fièvres causées par l’infection.

Nous n’avons quasiment plus la possibilité de le nourrir par un autre cathéter, parce que d’autres complications pourraient surgir alors qu’une est déjà en cours. Ingérer des aliments est dans son cas un facteur important dans la lutte pour la vie.

Quelles conséquences peut avoir cette conduite de Fariñas ?

 

Cela pourrait empirer sa situation, notamment nutritionnelle, que nous sommes parvenus à ce jour à maintenir assez stable malgré son refus de s’alimenter par voie orale.

Et s’il décidait de s’alimenter ?

 

Le patient est parfaitement apte à ingérer des aliments. Il n’y a aucune contre-indication à cet égard. Son désir dans ce sens peut être un facteur médical important dans la solution de son problème de santé.

 

Que fixent les normes médicales face à un patient qui refuse de s’alimenter ?

 

Comme je l’ai déjà dit, en mes trente-sept ans de soins intensifs, j’ai soigné presque vingt mille patients, mais Fariñas est le seul que j’ai dû traiter à deux reprises pour refus volontaire de s’alimenter oralement d’une manière prolongée. Ce n’est pas habituel. J’ai vu bien des cas dans ce service, j’ai même soigné des gens qui avaient tenté de se suicider pour des raisons données, et à la fin la plupart veulent vivre. C’est ce que nous demandons, nous le personnel de cette salle, à Fariñas : qu’il contribue à la lutte pour sa vie.

Je réponds à votre question : il n’existe pas de normes, il n’existe que l’éthique médicale dont l’un des principes fondamentaux est celui de l’autonomie, autrement dit n’appliquer aucune procédure à un patient sans son consentement. Nous respectons beaucoup ce principe.

Fariñas est un patient conscient, orienté, ayant le plein usage de ses facultés mentales, qui a donc absolument le droit d’accepter ou de refuser de sa propre volonté l’exécution de n’importe quel geste médical. De mon point de vue, c’est un mauvais droit que celui-ci de se tuer. J’ai dit à Fariñas que sa conduite attentait à son intégrité corporelle.

Nous sommes des médecins, et nous sommes là pour sauver des vies. Néanmoins, la règle dans des cas pareils est de respecter la volonté des patients. Nous ne pouvons pas lutter contre cette volonté, à moins que le patient ne soit inconscient et que nous ayons l’autorisation de ses proches.

Pourriez-vous nous expliquer plus en détail les soins que reçoit Guillermo Fariñas ?

 

Ce patient, comme tous les nôtres, est privilégié. Il dispose d’une personne de compagnie en permanence. Il a un téléviseur où il peut voir la coupe du monde de football et les programmes de son choix ; il a un téléphone direct, tout comme les autres patients de cette salle. Hormis le contexte médical, ces facilités sont importantes pour la spiritualité du malade.

Les soins intensifs sont coûteux dans le monde entier. Fariñas, comme tous les Cubains ayant besoin de ces services, ne paie pas un centime grâce à notre système de santé.

J’ai eu l’occasion de travailler à l’étranger, dans des pays sous-développés et dans des nations du Premier Monde. Je suis resté un an et demi en France et j’ai pu constater combien est coûteux le traitement des personnes hospitalisées en soins intensifs. Ça coûte très cher de le traiter.

Et en ce qui concerne la qualification médicale, les équipements dont vous disposez, les examens additionnels que vous lui avez faits ?

En ce qui concerne le traitement médical, il a à sa disposition la totalité du personnel de soins intensifs. Dix médecins spécialistes, dont la moitié a le 2e grade en médecine intensive et urgences. Tous s’occupent de Fariñas. Tous les jours, on discute collectivement du cas de ce patient, de son évolution, de ce qu’il faut faire, s’il manque quelque chose, pour aller le chercher…

 

Vous venez de dire que je souhaiterais souligner : « s’il manque quelque chose, pour aller le chercher… » Le chercher où ? Ici ? À l’étranger ?

 

Ici et dans d’autres pays. On a acheté des médicaments pour ce cas et pour d’autres, parce que nous devons en acheter beaucoup à l’étranger.

Par exemple, tous les nutriments parentéraux de Fariñas, des aminoacides, des lipides, des vitamines et des oligo-éléments, viennent d’Europe, et Cuba les achète, non seulement pour ce cas, mais pour d’autres Cubains qui en ont besoin. Mais le seul qui en a besoin parce qu’il ne veut pas manger, c’est Fariñas !

Avez-vous une idée des coûts que représente le traitement de ce patient pour le pays ?

Comparer les coûts de Cuba à ceux d’autres endroits, c’est presque impossible. La médecine cubaine est peut-être la moins chère au monde et peut-être une des plus efficaces, parce qu’ici on ne fait pas de profits avec.

Ce que je peux dire, en tout cas, c’est qu’une journée dans un service de soins intensifs dans n’importe quel pays du Premier Monde ne vaut jamais moins de 1 300 dollars, sans parler des médicaments et des examens complémentaires. Or, je parle dans ce cas-ci de 110 jours d’hospitalisation et de plus de 300 tests de laboratoire.

Par exemple, nous lui avons fait 96 contrôles de la glycémie, soit presqu’un par jour.

Nous lui avons soigné quatre infections vasculaires bactériennes graves qui ont exigé des antibiotiques comme vancomicine, cyprofloxacine, gentamicine et rocephin ; nous lui avons fait 66 ionogrammes pour mesurer les électrolytes en sang et corriger les troubles éventuels ; nous avons calculé quasiment tous les jours l’urée de vingt-quatre heures pour évaluer la dépense azotée de son organisme et garantir un équilibre adéquat.    Nous suivons constamment son système pour éviter tout trouble.

Ce qui explique pourquoi l’état de Faríñas, après cent vingt-cinq jours, ait pu se maintenir assez acceptable du point de vue nutritionnel, bien que le danger soit permanent. Cette nutrition, en effet, est artificielle. L’idéal serait qu’il mange.

On lui a fait des électrocardiogrammes, des radios, des écographies, des tomographies multicouches. Nous avons étudié tout ce qu’il fallait.

Vous avez dit que les relations médecin-patient étaient bonnes. Et le lien médecin-famille ?

J’ai parlé à la mère, à la femme, à un oncle, et à des amis. Il existe une bonne communication médecin-patient, qui obtient tout, sauf qu’il mange, bien que nous le lui demandions jour après jour.

Bref, je crois que les relations de Fariñas et de sa famille avec le personnel médical et infirmier de notre service sont adéquates. Depuis qu’il est ici, je n’ai reçu aucune plainte au sujet des soins qu’on lui donne. Au contraire, il parle constamment du professionnalisme du personnel, de la qualité des médecins… il a même dit qu’il ne veut aller nulle part ailleurs – bien qu’il ait reçu, nous a-t-il dit, des propositions de soins à l’étranger. Pourtant, il affirme qu’il ne s’en va pas, parce que les gens qui lui ont sauvé la vie sont ici. Il a confiance dans notre médecine.

Quelle est la situation actuelle de Guillermo Fariñas ?

Le patient est en danger de mort, car tout dépend de l’évolution du thrombus qui est logé au confluent des veines jugulaire et sous-clavière gauches, que nous traitons comme il faut. Espérons qu’il disparaisse, ce serait une nouvelle complication de plus réglée par notre équipe de médecins et d’infirmiers, et nous continuerons de le faire pour sauver sa vie.

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