Cuba, Mexique, Miguel Diaz-Canel, Rencontre de Palenque, migration

Modifier les causes structurelles de la migration cubaine est du ressort des autorités étasuniennes


Discours prononcé par Miguel Mario Diaz-Canel Bermudez, Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba et président de la République, lors du Sommet des chefs d'État et de gouvernement sur la migration, Rencontre de Palenque : pour un voisinage fraternel avec du bien-être, au Chiapas, Mexique, le 22 octobre 2023, « Année 65 de la Révolution »

(Traduction de la version sténographique de la Présidence de la République)  

Cher Andrés Manuel,

Chers chefs d'État et de gouvernement présents,

Mesdames et Messieurs les chefs de délégation,

Mesdames et Messieurs les invités,

Nos premières paroles expriment une ferme condamnation du génocide et de l'agression perpétrés par Israël contre le peuple palestinien, une condamnation du massacre impitoyable de personnes sans défense, une honte pour l'Humanité qui doit cesser.

Je remercie sincèrement le gouvernement du Mexique et en particulier les autorités de l'État du Chiapas pour l'accueil chaleureux à l’occasion d’une réunion organisée avec la hâte qu'imposent toujours les situations d'urgence.

Et encore une fois, merci à mon ami, mon frère Andrés Manuel, pour cette initiative. Nous avions vraiment besoin de ce dialogue régional, de nous rencontrer et d’aborder avec franchise et réalisme le drame de la migration irrégulière, dont les nouvelles douloureuses nous frappent tous les jours, car ce n'est que de manière coordonnée que nous pourrons déchiffrer les multiples causes et conséquences du problème, et ce n'est que de cette manière que nous pourrons progresser vers ses solutions possibles.

Il n'y a pas d'autre moyen de faire face à la forte augmentation des flux migratoires irréguliers.

Selon les chiffres publics, entre 2022 et 2023, plus de quatre millions de migrants ont transité de manière irrégulière par les pays de la région se trouvant sur la route des États-Unis. Des chiffres jamais vus jusque-là.

En général, nous connaissons bien les facteurs à l'origine de ce phénomène, mais il n'est pas inutile de s'interroger sur les principales motivations de nos concitoyens, car il nous appartient d'atténuer le problème et de limiter ses effets négatifs, tout en assurant la sécurité des migrants.

Bien que l'on tente d'imposer d'autres versions, politiquement motivées, il existe une vérité incontournable : la principale cause de la migration irrégulière réside dans les conditions socio-économiques des pays d'origine – qui s'accentue après l'impact de la pandémie – et l'aspiration des migrants à s'installer et à travailler aux États-Unis, où les offres du marché du travail attirent ceux qui rêvent d'un scénario économique plus prospère que celui de leur environnement, et qui ne le trouvent pas toujours.

Nous pouvons également mentionner les liens familiaux et les vulnérabilités liées au changement climatique.

Aucune de ces motivations n'est étrangère à Cuba.  Cependant, le potentiel migratoire cubain est en outre stimulé, de manière très significative, par la politique hostile des États-Unis à l'égard de notre pays.

Cette politique hostile, qui a un impact direct et extraordinaire sur le flux migratoire cubain et, collatéralement, sur les pays de la région par lesquels passe cette migration, s'exprime dans trois éléments essentiels :

Premièrement, le blocus économique, renforcé de manière criminelle ces dernières années par un système complet et global de mesures coercitives visant, par définition, à abaisser le niveau de vie de la population cubaine, à réduire ses revenus réels et à la faire souffrir de la faim et de la misère. La classification injuste, absurde et arbitraire de Cuba en tant qu'État soutenant le terrorisme a une incidence significative sur l'effet économique de cette politique.

Deuxièmement, et pour des raisons politiques, le gouvernement des États-Unis accorde un traitement privilégié aux Cubains qui arrivent à ses frontières méridionales ou maritimes afin de s'installer définitivement dans ce pays. La grande majorité de ces migrants sont acceptés quel que soit le statut avec lequel ils sont arrivés à la frontière ou ont réussi à la franchir.  Par conséquent, de nombreux Cubains sont convaincus que, contrairement aux ressortissants d'autres pays, leurs chances de s'installer aux États-Unis sont très élevées s'ils parviennent à atteindre la frontière par n'importe quel moyen.

Troisièmement, et également pour des raisons politiques, il existe aux États-Unis une loi fédérale appelée Loi d’ajustement cubain, en vertu de laquelle tout Cubain qui serait entré aux États-Unis après le 1er janvier 1959 a la possibilité d'obtenir la résidence permanente un an après son arrivée. Il s'agit d'un privilège unique dont ne bénéficie aucun ressortissant d’un autre pays. Il est exclusivement réservé aux Cubains et constitue une incitation extraordinaire pour le migrant.

Voilà plus de dix ans, en sa qualité de président de la République, le général d'armée Raul Castro, leader de la Révolution, à qui nous devons d'importants changements introduits depuis lors dans notre loi sur l'immigration, pour sa nécessaire mise à jour, avait attiré en ces termes l'attention sur la grande ignorance qui règne dans le monde au sujet de la politique à l'égard de Cuba :

« Personne dans la grande presse internationale ne parle de la Loi d'ajustement précitée, c'est comme si elle n'existait pas. Les émigrants cubains sont, à la suite du mensonge répété des milliers de fois, appelés "exilés politiques" qui fuyent le communisme. En d'autres termes, pour eux, les citoyens de Cuba "s'échappent", tandis que ceux du reste du monde émigrent.

« Que se passerait-il si aux États-Unis ou en Union européenne une loi d'ajustement latino-américaine, asiatique ou africaine entrait en vigueur ? La réponse est évidente. C’est là que se trouve le gigantesque mur construit à la frontière nord du Mexique et les milliers de morts qui, année après année, se produisent dans les déserts et les mers à proximité des centres du pouvoir mondial. »

Par ailleurs, la politique d'impunité des autorités étasuniennes face aux migrants qui ont fait valoir le vol d'un avion de fumigation, ou d'autres qui voyagent comme passagers clandestins dans des avions civils, en plus d'encourager l'émigration illégale depuis Cuba, crée des précédents très dangereux pour la sécurité de l'aviation civile internationale, en violation des accords migratoires signés entre les deux pays.

Toutes ces pratiques répondent à des motivations purement politiques et n'ont aucune légitimité ni justification morale.

Ces réglementations expriment très clairement comment le gouvernement des États-Unis fait passer les objectifs de déstabilisation de Cuba avant ses priorités nationales en matière de migration.

Il existe entre Cuba et les États-Unis plusieurs accords, toujours en vigueur, qui ont été conclus afin de garantir que la migration entre les deux pays soit ordonnée, régulière et sûre, et promouvoir la normalisation complète des relations migratoires bilatérales. Or, les actions que j'ai commentées, de la part du gouvernement étasunien, vont à l'encontre de ces objectifs et empêchent leur application.

Il s’avère impossible de comprendre le volume et la nature des flux migratoires de Cubains qui traversent les pays de la région vers les États-Unis sans tenir compte du poids de ces facteurs, qui les rendent uniques et les renforcent.

Modifier les causes structurelles de la migration cubaine, tant régulière qu'irrégulière, et influencer de manière fondamentale la réduction des flux de migrants cubains à travers plusieurs pays, est du ressort des autorités étasuniennes.

Comme je l'ai déclaré récemment, en général, les Cubains qui quittent Cuba légalement deviennent des migrants irréguliers, soumis à toutes sortes de risques et de dangers, y compris pour leur vie, au cours du transit vers les États-Unis.

Lorsque la volonté d'agir dans ce sens existera, je vous assure que vous pourrez toujours compter sur l'engagement et la coopération de Cuba.

La politique migratoire cubaine favorise les voyages des citoyens cubains à l'étranger et leur retour à Cuba.

Nous maintenons des mécanismes bilatéraux de coopération migratoire avec plusieurs pays de la région et échangeons des alertes migratoires avec d'autres, dans le but de mettre en œuvre les outils qui nous permettent d'assurer un flux régulier, ordonné et sûr de voyageurs et, dans le même temps, de lutter contre le trafic de migrants irréguliers et la traite des êtres humains.

Ce type de réunion est d'une grande valeur pour nos concitoyens, pour leurs familles, pour nos sociétés et pour les relations entre nos pays. C'est ce qui renforce le sentiment de fraternité de Notre Amérique.

Encore une fois, merci au Chiapas ! Merci au Mexique ! Merci à mon frère Andrés Manuel !

(Texte et photo: Granma)


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