
États-Unis, 5 janvier - Si vous avez déjà lu sur les réseaux sociaux que « votre lobe frontal ne termine pas de se développer avant 25 ans », attention : c’est une simplification que la science actuelle a dépassée. Des études récentes montrent que le cerveau, loin de compléter sa maturation à cet âge, continue de se réorganiser de manière significative jusqu’après 30 ans, dans une phase que les neuroscientifiques commencent à appeler « adolescence prolongée ».
La croyance populaire selon laquelle le cerveau atteint sa maturité à 25 ans trouve ses origines dans les études pionnières de neuroimagerie des années 90 et début 2000. En 1999, un suivi des cerveaux d’enfants et d’adolescents a révélé que la matière grise – responsable du traitement cognitif – subit un processus de « taille synaptique » durant l’adolescence : des connexions neuronales peu utilisées sont éliminées tandis que les plus efficaces sont renforcées. Ce processus, crucial pour la maturation, a été particulièrement observé dans le lobe frontal, une zone clé pour la prise de décisions, le contrôle des impulsions et la planification.
L’une des études les plus citées, dirigée par le neuroscientifique Nitin Gogtay, a scanné les cerveaux de participants à partir de 4 ans tous les deux ans, découvrant que la maturation au sein du lobe frontal progresse de l’arrière vers l’avant. Les régions motrices se développent d’abord, tandis que les zones frontales les plus avancées – liées au jugement et à la régulation émotionnelle – n’avaient pas encore complètement maturé à la fin du suivi, vers 20 ans. L’extrapolation de ces données a conduit à estimer 25 ans comme un point final probable, un chiffre qui s’est rapidement popularisé dans la culture et sur les réseaux, souvent utilisé comme une excuse biologique pour des comportements impulsifs chez les jeunes adultes.
La neuroscience a progressé depuis ces premières études. Aujourd’hui, nous n’analysons plus uniquement des régions isolées, mais également la connectivité entre elles. Une étude récente à grande échelle, publiée dans la revue Nature Neuroscience, a évalué la topologie de la matière blanche – les « autoroutes » des fibres nerveuses qui relient différentes zones du cerveau – chez plus de 4 200 personnes, de l’enfance jusqu’à 90 ans.
Les résultats ont identifié des périodes critiques de développement, dont une phase s’étendant de 9 à 32 ans, appelée « adolescence cérébrale ». À ce stade, le cerveau équilibre deux processus dynamiques : la ségrégation (former des « quartiers » de pensée spécialisés) et l’intégration (construire des « voies rapides » entre eux). Selon l’étude, cet équilibre ne se stabilise pas dans un modèle considéré comme adulte avant de dépasser les 30 ans.
La métrique clé était la « petite échelle » (une mesure de l’efficacité du réseau neuronal), qui prédit l’âge cérébral dans ce groupe. L’augmenter revient à ajouter des voies rapides dans un réseau de transport : les pensées complexes trouvent des chemins plus directs et efficaces. Cependant, après 32 ans, le cerveau change de stratégie : il cesse de privilégier la construction de nouvelles autoroutes et se concentre sur le maintien et le renforcement des routes les plus empruntées.
Le fait que le cerveau continue de se réorganiser durant toute la vingtaine et au début de la trentaine a des implications profondes. Loin d’être une excuse pour l’immaturité, c’est une fenêtre de neuroplasticité élevée – la capacité du cerveau à se remodeler en réponse à l’expérience – que nous pouvons exploiter. (Texte et photo: Cubasí)