
La Havane, 14 janvier - Les tambours de la protestation et les appels au boycott de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 résonnent de plus en plus fort aux États-Unis. Des milliers de supporters expriment leur inquiétude concernant la sécurité du tournoi, font part de leur indignation face à l’attaque armée au Venezuela et dénoncent les politiques controversées du gouvernement de Donald Trump relatives aux droits humains. Selon des médias européens, les messages qui encouragent l’annulation des billets sur des forums de revente, auprès des agences de voyages et pour les réservations d’hôtels ont non seulement entraîné des réunions extraordinaires entre fonctionnaires et représentants des associations membres, mais aussi des stratégies potentielles pour changer la perception du tournoi.
Depuis la fin de l’année dernière, un groupe informel de supporters internationaux a créé le site Boy-cottUSA2026.org en réponse à la violation des libertés civiles des visiteurs d’Australie, du Mexique, du Royaume-Uni et d’autres pays européens, qui ont été expulsés dans plusieurs villes par le Service de Contrôle de l’Immigration et des Douanes (ICE). “Le gouvernement des États-Unis a révoqué des milliers de visas et a nié l’entrée à des résidents légaux”, affirment les membres du collectif depuis New York, ville qui accueillera la finale de la Coupe, organisée par ce pays en collaboration avec le Mexique et le Canada. “Les participants doivent exiger de la FIFA qu’elle privilégie la sécurité et les droits des supporters et des joueurs”.
Les réseaux sociaux ne sont pas seulement un espace de revendication pour le #BoycottFIFAWorldCup, mais aussi une importante plateforme de mobilisation. La campagne est coordonnée par des utilisateurs qui utilisent des fils de discussion sur X (anciennement Twitter) et des vidéos TikTok pour exposer la contradiction entre les valeurs sportives et une longue histoire de violence et d’abus orchestrée par le président Donald Trump. “J’ai annulé mes billets pour la Coupe du Monde”, a annoncé jeudi le diplomate libanais Mohamad Safa, directeur exécutif de PVA Patriotic Vision – une ONG accréditée comme consultante auprès des Nations Unies – par crainte que des agents de l’ICE le considèrent comme une personne dangereuse en raison de ses origines.
“L’ICE peut décider que je fais partie d’un gang et m’enfermer en prison pendant un an sans charges, sans audience, sans procès, sans droit à un avocat ni possibilité de passer un appel téléphonique. Il n’est pas sûr de visiter les États-Unis”, a écrit Safa en référence au durcissement des politiques migratoires de ce pays. “Menacer de révoquer mon visa américain en réponse à la campagne de boycott de la Coupe du Monde ne changera rien. Des supporters du monde entier annulent leurs voyages. La FIFA a expulsé la Russie du football international. Elle doit maintenant faire de même avec Israël, la loi s’applique à tous de la même manière.”
Bien que l’organe suprême du football soutienne qu’il ne peut pas intervenir dans des problèmes géopolitiques en raison d’un principe de neutralité – comme les rafles anti-immigrés, l’intervention au Venezuela et le génocide d’Israël dans la bande de Gaza, par exemple – en 2022, il a agi rapidement pour sanctionner la Russie pour son intervention militaire en Ukraine. Les créateurs du site BoycottUSA2026.org, basé à New York – ville hôte de la finale du tournoi le 19 juillet – œuvrent pour construire un réseau solidaire entre supporters, sympathisants, journalistes et autres organisations afin de “soutenir les communautés immigrantes que nous habitons” et fournir des ressources sur “comment agir en toute sécurité face aux forces de l’ordre”.
Les voix de ce collectif et du diplomate Mohamad Safa se sont également liées à celle de professeurs, de créateurs de contenu et d’activistes politiques, comme l’ancien candidat à la vice-présidence des États-Unis en 2016, Ajamu Baraka, qui a mis en lumière les potentielles violations des droits humains lors de la Coupe, propulsées par le lien commode entre la FIFA et Donald Trump. “Comment peut-on récompenser les États-Unis en leur confiant l’organisation de la Coupe du Monde alors qu’ils ont les mains tâchées de sang palestinien et qu’ils ont mené une attaque illégale contre le Venezuela ? Nous ne devons pas permettre que ces actes soient normalisés. Annulez les matchs, boycottez les États-Unis”, a-t-il écrit le 3 janvier sur ses réseaux sociaux.
Sur la plateforme technologique à but non lucratif Action Network, dédiée à fournir des outils pour que des groupes progressistes mobilisent leurs partisans, récoltent des fonds et gèrent des campagnes politiques, plus de 3 240 personnes ont lancé une initiative demandant à la FIFA et au Comité Olympique International d’interdire aux États-Unis et à Israël d’organiser ou de participer à des événements sportifs internationaux. “Le monde est témoin de violations massives des droits humains et de la Constitution des États-Unis, tandis que des agents masqués utilisant des véhicules non identifiés envahissent des lieux de travail, des foyers et des places publiques pour arrêter des personnes, leur niant toute représentation légale”, indique la pétition sur le site actionnetwork.org. (Texte et photo: Cubasí)