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Lieux et chansons au sud de l’éternité


La Havane, 26 février - Nous lisons Une chanson au sud de l’éternité, une anthologie poétique (1984-2025) du poète vénézuélien Tarek William Saab – près de 550 pages publiées par SurEditores – et nous découvrons une poésie aux accords millénaires tout en étant contemporaine.

Ce n’est pas, du moins à notre avis, une lecture facile, de celles qui retiennent instantanément des vers en mémoire. Dès le départ, il n’y a pas cette identification qui captive et vous attache au livre. Face à ce contact initial, le lecteur est un spectateur de la scène, magnifique, mais qui ne lui appartient pas encore, contrairement à ce qui se produit souvent avec le langage lyrique ; cependant, il lui est difficile de fermer ses pages, car, sans même savoir d’où cela vient, une voix lui annonce ce qui est à venir.

Tarek William aime ces poèmes énumérés qui enchevêtrent et, en même temps, séparent des passages lyriques qui deviennent ensuite un tout, apportant du poids à l’œuvre. Nous les rencontrerons fréquemment et nous le remarquons dès l’ouverture du livre :

(1) ELLE / semblait réincarner le métissage perdu des serpents / Mystiques / Sacrés / Élégiaques : / Capable de faire surgir dans une poitrine / agonisante de colère / l’Amour… / (2) Elle était attirée par des lieux tristes / et mélodieux / où les détails veulent redevenir / enchantement / (ou actes d’enchantement) / à la manière du petit oiseau désigné / vivant comme égaré dans la montagne / et son obscurité (…). (21) –J’arrive ! / Je vais entrer et plonger dans ses beaux yeux / Je vais caresser ses douces paupières et voir le miroir / Et je boirai le miel de son regard / Enivrant ces doux seins de lotus d’un baiser / D’un doux baiser qui nous rapprochera de l’éternité / enlacés et proches dans une profonde prière (Une chanson au sud de l’éternité).

Le voyage, comme un va-et-vient vers – et depuis des distances célestes – ; la pérennité humaine, la nature comme identité, le terrestre comme énigme et indice… sont des thèmes qui composent ce corpus poétique dans lequel s’épanouit un émouvant sentiment amoureux, sans négliger des préoccupations sociales comme partie intégrante de la vision individuelle.

Avec raison, le poète et critique vénézuélien Luis Alberto Crespo, lauréat du Prix National de Littérature, l’expose dans le préambule du livre : « Il y a beaucoup de sacré dans cette écriture aboutie, mais il s’agit du sacré non pas comme révélation, mais comme une fatalité dans notre quotidien, au grand jour, dans la brume, à minuit, l’heure de l’insomniaque qui écrit sur le fil de la page. »

Dans En bas des puits, le poète, à travers des actes conditionnels d’un discours qui finit par le désillusionner, à cause de la négation évidente de ses nostalgies, exprime : (1) Si aimer était revenir / et ne jamais vieillir / Si c’était marcher nu sous la pluie la nuit / sans tomber / Si c’était aller et venir / à jouer dans les parcs du soleil / (2) Si cela était un plaisir / intermittent / inépuisable / indispensable à l’éclat (3) Si aimer était toujours toujours / un mot précis / une vision exacte / jamais je ne souillerais ces pages.

Comme on prend des notes en bas de page de la vie, ces décennies de poésie écrite se conçoivent comme des vignettes de l’existence d’un être qui se regarde (1) (…) dans l’écorce d’un arbre / je reconnais mes cicatrices là-bas / aussi à l’intérieur, à l’endroit où vit l’horreur / Je me dis : « Peu importe, j’existe et je vais / perturbant certaines eaux immobiles, / je sais disparaître. »

Chargés de sensations, ces vers-images parviennent au lecteur, revêtant une telle force expressive que, au fil de la lecture, ils dévoilent le labyrinthe existentiel de celui qui les a composés. Certes, face à cette première approche, on peut ressentir un certain « vertige », propre à cette entrée dans un univers étranger ; mais bientôt l’esprit s’acclimate, on évolue à l’intérieur, et l’on ne s’y sent plus étrangère. (Texte et photo: Granma)


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